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Assises de la santé du 12e - message du Président d'ELCS

Jeudi 26 Mai 2011

Assises de la santé du 12e - message du Président d'ELCS
Message de Jean-Luc Romero
Assises de la santé du 12e

Mardi 24 mai 2011 - Mairie du 12e


Mesdames,
Messieurs,

Je ne peux malheureusement être des vôtres pour ces assises de la santé du 12ème et je vous prie de bien vouloir m’en excuser. J’ai toutefois souhaité intervenir via ce message dont il va vous être fait lecture.

Avant d’entrer dans le vif du sujet de cette table ronde, je voudrais remercier chaleureusement les promoteurs de cette journée de qualité : Michèle Blumenthal, Pénélope Komites et Nadine Remy.

Concernant cette table ronde intitulée « quelle(s) politique(s) locale(s) en matière de prévention et d’éducation à la santé ? » : c’est une table ronde très riche qui va sûrement être extrêmement intéressante dans les échanges entre des acteurs qui travaillent sur des pathologies différentes. Mais ce n’est pas une table ronde évidente car il est compliqué de définir des critères communs quant à l’efficacité d’une politique de prévention. Je vais vous donner mes impressions sur le sujet. Je crois que l’on peut distinguer plusieurs critères qui concourent à l’efficacité d’une politique de prévention.

Une prévention efficace doit être accessible. C’est la base ! Cela signifie qu’il doit exister une bonne couverture du territoire par des acteurs dédiés, cela signifie également que ces acteurs de terrain doivent couvrir toutes les thématiques intéressants ce territoire. Evidemment, tout ceci nécessite un engagement fort du politique, aussi bien en tant que moteur, qu’accompagnateur et financeur. Je peux vous confirmer que c’est le cas dans le 12ème, je le dis en tant qu’élu, responsable associatif mais aussi habitant du quartier depuis plus de 25 ans !

Deux remarques quant au critère de l’accessibilité comme condition de la réussite de la politique de prévention :

- La première concerne l’accessibilité géographique et je prendrai pour exemple le Cybercrips. C’est une structure dépendante du Centre régional d’information et de prévention sur le sida en Ile-de-France dont la mission est d’accueillir et d’informer les 13-25 ans sur l’éducation à la vie affective et sexuelle, les conduites à risque, les usages de drogue, l’alimentation etc. Très concrètement, ce type de structure se soit d’être dans un lieu de passage, sinon cela n’a aucun sens. Le Cybercrips est donc située au RDC de la Tour Montparnasse, lieu on ne peut plus identifiable et lieu de passage pour un public jeune.

- Seconde remarque spécifiquement liée au VIH/sida : l’accessibilité des moyens de prévention suppose également une capacité économique d’accès. Je pense aux préservatifs masculins et féminins. Il est vrai que certaines initiatives sont à saluer comme les préservatifs à 20 cents et les distributeurs dans les écoles. Mais cela n’est pas suffisant : le coût du préservatif peut être un obstacle à son accessibilité. A Elus Locaux Contre le Sida, association que je préside, nous proposons d’aller plus loin et nous souhaitons mettre en débat cette proposition : la gratuité des préservatifs, gratuité ou de fait via une distribution massive dans tous les lieux publics ou juridique via un remboursement notamment pour les personnes vivant avec les minimas sociaux ou les personnes séropositives. Après tout, on rembourse bien des bas de contention, pourquoi ne pas rembourser un outil qui permet de prévenir une maladie mortelle ? Eu égard aux 6.000 nouvelles contaminations annuelle, le débat mérite d’être lancé !

Accessible, une politique de prévention efficace doit mettre en avant la notion d’interactivité et d’échange. Je crois que, en tant qu’acteurs de terrain, nous ne sommes pas là pour asséner des vérités via des grands discours. C’est la meilleure façon de ne pas être écouté par notre public cible. Au contraire, l’échange, la participation, l’interactivité, la discussion doivent être au cœur de notre politique de prévention. Ce n’est que comme cela, en respectant ces principes, que des attitudes de prévention seront adoptées par le public cible. Le public doit s’approprier le discours de prévention et non le subir.

Je prends l’exemple des activités du Crips Ile-de-France dans les collèges et lycées. Grâce au soutien du conseil régional qui assure une très large majorité du budget de cette structure, ce sont plus de 120.000 lycéens et apprentis qui ont eu, dans l’année, une séance d’éducation pour la santé. Concrètement, cette séance, c’est quoi ? Ce n’est pas un long discours mais un moment d’échange et de réflexion qui laisse toute sa place à la participation du jeune pour qu’il puisse, grâce aux informations données, élaborer ses réponses, les réponses les moins à risque pour sa santé.

Globalement, la démarche de prévention a un but, celui que le public que l’on vise devienne acteur de sa propre prévention. Je le répète : le but d’une politique de prévention efficace, c’est que la personne visée devienne acteur de sa prévention !

Accessible, interactive, la politique de prévention doit aussi s’inscrire dans le temps. Il est vrai que, sur certaines thématiques, nous n’avons pas le recul nécessaire pour chiffrer, évaluer très précisément les résultats des politiques de prévention lorsqu’elles sont récentes. Pour autant, nous le savons tous : prévenir est toujours plus intéressant que traiter, que ce soit sur le plan de la santé individuelle, sur le plan de la santé collective ou sur le plan économique. Pour que la prévention puisse s‘inscrire dans le temps, il faut que les acteurs de terrain aient les moyens de le faire et soient donc dans une situation de sécurité financière.
Enfin, je pense qu’une prévention efficace doit être une éducation au respect de la différence et à l’acceptation de l’autre, qu’il soit touché par une addiction, par un cancer, par le VIH … Prévenir, ce n’est pas faire peur. C’est simplement présenter une réalité et donner les moyens. Une politique de prévention efficace, c’est une éducation à la tolérance, via la connaissance des pathologies. La prévention est, selon moi, un élément important d’une politique globale de lutte contre les discriminations et d’éducation citoyenne.

Je vous remercie et vous souhaite de bons travaux.


Christophe MICHEL




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