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Association Elus Locaux Contre le Sida

Discours du Président d'ELCS, au Forum Santé 2009 à Vigneux-Sur-Seine

Jeudi 25 Juin 2009

Discours du Président d'ELCS, au Forum Santé 2009 à Vigneux-Sur-Seine
Intervention de M. Le Président d'ELCS,
Monsieur Jean-Luc Romero,

Forum Santé 2009 de Vigneux-sur-Seine
Table ronde « Santé sexuelle »

Jeudi 25 juin 2009 – Vigneux-sur-Seine



Monsieur le Maire,
Monsieur, Mesdames, Messieurs,
Chers collègue,
Chers amis,

Avant de définir cette notion assez floue de « santé sexuelle », je vais vous donner quelques chiffres, liste un peu fastidieuse certes mais essentielle à donner.

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), chaque année, 80 millions de grossesses non-désirées ont lieu. Sur ces 80, 45 millions sont interrompues.
19 millions d’avortements non-médicalisés sont pratiqués chaque année lesquels se soldent par 68.000 décès et des millions d’atteintes à la santé et d’incapacités permanentes. Plus de 500.000 femmes meurent chaque année des suites de complications de la grossesse et d’accouchement.
120 millions de couples ne peuvent utiliser des moyens de contraception alors qu’ils le voudraient.
33 millions de personnes vivent avec le VIH/sida dans le monde - 150.000 en France - et 2 millions en meurent chaque année.
Ces chiffres sont dramatiques. Peut-être vous posez vous le lien entre ces différents chiffres ? Quel peut être le lien entre grossesse, contraception, VIH/sida ? Le lien, c’est l’objet de notre table ronde : la notion de santé sexuelle.

1/ La santé sexuelle : une notion difficile à circonscrire du fait de la multiplicité des valeurs d’une société

Avant de parler de santé sexuelle, il nous appartient de définir quelques notions, au premier rang desquelles le concept de sexualité.
La sexualité ne se réduit pas à la question des rapports sexuels, ce n’est pas non plus le fait d’être des hommes et des femmes, mais c’est se construire comme un homme ou une femme dans un projet de relation à l’autre. En fait la sexualité n’est ni uniquement biologique ni uniquement culturelle mais un mélange des deux. Alors comment définir la santé sexuelle ? Tout d’abord, rappelons comment elle est apparue. Les années 70 ont été le cadre d’un processus de libération sexuelle au sens global du terme : diffusion de la contraception, légalisation de l’IVG, relative « acceptation » de l’homosexualité …

C’est dans ce cadre que la notion de santé sexuelle est apparue. En 2003, l’Organisation mondiale de la santé a inscrit cette notion au cœur de ses préoccupations et définit la notion comme suit : « la santé sexuelle est un état de bien-être physique, émotionnel, mental et social associé à la sexualité. Elle ne consiste pas uniquement en l’absence de maladie, de dysfonctionnement ou d’infirmité. La santé sexuelle a besoin d’une approche positive et respectueuse de la sexualité ». La santé sexuelle est une notion large qu’on ne peut pas évidemment définir de façon trop stricte, les valeurs d’une société sur la sexualité étant très différentes selon les pays. En fait ce que l’on peut dire, c’est que la santé sexuelle est un aspect clé de la santé personnelle et du bien être social qui a une influence sur les personnes toute leur vie durant.

Le but de cette table ronde n’est pas seulement de définir et de circonscrire cette notion de santé sexuelle mais de voir comment l’améliorer. Dans ce cadre, l’éducation sexuelle tient une place prépondérante.

2/ L’éducation sexuelle, base de la santé sexuelle

Selon l’OMS, l’éducation sexuelle n’est pas toujours bien intégrée par l’ensemble de la population. Par exemple, l’OMS remarque que l’éducation sexuelle est bien acceptée au Danemark et Pays-Bas, au contraire elle est sujette à de vives objections en Allemagne, Irlande et Pologne.

L’éducation sexuelle n’a pas seulement une vocation informative. Elle aide les personnes, au premier rang desquelles les jeunes, à se forger des valeurs et des aptitudes qui leur permettent d’adopter un comportement sexuel approprié et épanouissant. L’éducation sexuelle a pour objectif de favoriser le respect de soi-même et d’autrui, d’effectuer des choix avisés en matière d’activité sexuelle et d’acquérir une maturité affective.

La famille est bien sûr le premier lieu de l’éducation à la sexualité, le premier lieu où commence à se structurer la sexualité et les valeurs attenantes. Mais l’école est bien sûr un lieu privilégié d’exercice de cette «éducation à la vie sexuelle et affective. En effet, l’école a pour mission d’instruire, mais aussi de développer chez les enfants des comportements responsables. Pour autant, l’éducation sexuelle n’est pas une discipline nouvelle, il ne s’agit pas d’une simple transmission de savoir, de connaissances biologiques, psychologiques et médicales. Elle ne peut se faire que sous l’angle biomédical.

En pratique, l’éducation sexuelle à l’école rime encore trop souvent avec biologie. Tout ce qui touche à l’intime, à l’acceptation de la différence est souvent passé sous silence. Cette éducation à la vie sexuelle est sans doute le plus difficile à faire. Du parent à l’enfant, il y a de la pudeur, de la gêne à aborder ce sujet, qui peut faire référence à sa propre sexualité. Cette gêne existe aussi de l’enseignant vers l’élève.

Même si elle est difficile à mettre en œuvre, cette éducation à la sexualité est obligatoire : un seul exemple, la loi de 2001 relative à l’IVG qui prévoit une information sur la sexualité. Obligatoire et indispensable: elle a des répercussions sur la construction de vie des jeunes mais aussi plus largement dans le fonctionnement des relations entre les femmes et les hommes et des conséquences sur le respect de l’autre. D’où la nécessité de formateurs qui ne sont pas des professeurs afin de dépasser ces soucis de pudeur et de gêne.

Deux systèmes existants pourraient être développés :

Les interventions en milieu scolaire du CRIPS Ile-de-France dont je suis vice-président. Depuis 1992 dans les lycées et 1993 dans les CFA, le Crips coordonne le programme de prévention santé à destination des jeunes Franciliens scolarisés (programme financé par le Conseil régional). Le Crips organise dans les lycées et les CFA des séances d’éducation à la vie sexuelle et affective. Concrètement, le taux de couverture est très important : 91% des lycées en 2007/2008, 87% pour les CFA. Les séances sont faites par des animateurs ou des comédiens spécialement formés sous une forme ludique où l’interactivité et l’échange sont la règle. L’idée de faire intervenir une association ou une troupe de théâtre dans les écoles est une bonne chose. Ce système n’existe qu’en Ile-de-France. A Vigneux-sur-Seine, tous les ans, les collégiens bénéficient d’une telle approche et cela est financé par la commune. C’est bien dommage que ces exemples soient si peu suivis ! Il est clair que les élus doivent prendre conscience de l’intérêt de ces programmes et permettre leur mise en œuvre dans toutes les régions françaises. Aujourd’hui, les interventions des associations dans le milieu scolaire relèvent plus du militantisme et du bon vouloir du proviseur que d’un réel programme d’éducation à la santé.

Le centre de santé sexuelle monté par la SMEREP. En tant qu’observateur privilégié de la santé étudiante, la mutuelle SMEREP avait déjà créé une Consultation Diététique ainsi qu’une Consultation de Prévention. La SMEREP souhaitait offrir un espace d’écoute, de conseils et de soins en matière de sexualité et a donc ouvert ce centre. La création de structures extérieures et ainsi délocaliser l’information hors du cadre familial et scolaire peut aussi être une excellente solution.

3/ Trois exemples d’application de la notion de santé sexuelle :

Je viens de proposer des modalités d’action et d’information dans le cadre de l’amélioration de la santé sexuelle. Je souhaite maintenant évoquer avec vous des domaines d’action pour une amélioration de la santé sexuelle. Je ne peux évidemment tout traiter dans le temps qui m’est accordé, aussi je vais me concentrer sur trois domaines :
- la lutte contre le VIH/sida,
- l’acceptation de l’orientation sexuelle,
- la contraception et l’avortement.

- Sur la lutte contre le VIH/sida : il est clair que certains problèmes de santé publique, au premier rang desquels le sida, ont fait prendre conscience de l’importance de la notion de santé sexuelle et donc des comportements qui permettent de la conserver et de l’améliorer. Pour lutter contre le VIH/sida et donc améliorer la santé sexuelle au sens global, il faut connaître la maladie et ses modes de transmission.
Sur ce sujet, le recueil des connaissances est inquiétant et les jeunes ont beaucoup d’idées reçues évidemment fausses. A titre d’exemple, chez les 15-20 ans, 10% pensent que la pilule peut protéger du VIH/sida. 27% des 15-24 ans croient que le sida se transmet par les piqûres d’insectes et 13% par la salive. Voilà des chiffres qui doivent nous inquiéter. Car on le sait bien, moins on connaît une maladie, plus les comportements à risques se multiplient. Le défi est donc d’adapter le message de prévention : il ne s’agit pas, lors d’une séance d’éducation sexuelle, d’asséner une litanie de vérités médicales et de conseils de prévention. Non ! Il faut au contraire établir une vraie interactivité, un échange afin de susciter une réflexion. Ce n’est que comme cela que les jeunes deviendront acteurs de leur propre prévention.

L’amélioration de la santé sexuelle passe donc par une meilleure information mais également par la valorisation des comportements des personnes séropositives sur qui on fait peser trop souvent tout le poids de la prévention.

- Sur l’acceptation de l’homosexualité : pourquoi évoquer l’acceptation de l’homosexualité dans la santé sexuelle ? Même si cela ne saute pas aux yeux, le lien est fort : l’homophobie est une source de fragilisation importante et de vulnérabilité face au risque du VIH/sida et aux infections sexuellement transmissibles. Les prises de risques sont dues - de nombreuses études sociologiques le démontrent - à un mal être, conséquence d’une image dégradée de soi-même en tant qu’homosexuel. Il s’agit de ce que l’on appelle l’homophobie intériorisée. Tout ceci empêche la construction de son identité et de sa sexualité ce qui accroît les comportements à risques. Autre conséquence dramatique de l’homophobie intériorisée: les jeunes homosexuels ont dix fois plus de risques de faire une tentative de suicide que les jeunes hétérosexuels.
L’éducation à la sexualité doit donc comporter une partie sur la vie affective, sur l’éducation à la différence, sur la déconstruction des préjugés
Je vous signale d’ailleurs l’existence de la Ligne Azur qui est une ligne d’écoute anonyme et confidentielle. C’est un espace de parole pour des personnes qui se posent des questions par rapport à leur orientation sexuelle.

- Sur la contraception et l’avortement : le Baromètre santé révèle que plus de 71% des personnes âgées de 15 à 54 ans déclarent utiliser un moyen de contraception. Dans la population des 15 – 24 ans, ce taux monte à 85%. Près de 18% des femmes sexuellement actives ont déclaré avoir eu recours à l’IVG. En 2008, la Conseil régional Ile-de-France avait lancé une grande campagne intitulée « Sexualité, contraception, avortement : un droit, mon choix, notre liberté » afin de s’attaquer aux tabous et aux préjugés trop nombreux encore aujourd’hui sur la contraception et l’avortement. Les femmes doivent pouvoir faire valoir leurs droits. Le manque de structures est parfois un obstacle : ainsi, le nombre de sites dédiés à l’IVG en Ile-de-France est passé de 176 à 126 entre 1999 et 2005, le plus souvent faute de moyens. Le délai moyen d’attente s’allonge également. Plus largement, afin de bien vous rappeler l’importance d’un accès à l’IVG dans une structure adaptée, je rappellerai ce chiffre dramatique déjà cité en introduction de mon propos : 19 millions d’avortements non-médicalisés sont pratiqués chaque année lesquels se soldent par 68.000 décès et des millions d’atteintes à la santé et d’incapacités permanentes.

Je vais maintenant conclure mon propos : la santé sexuelle n’est pas qu’une affaire de sexualité. Elle renvoie, beaucoup plus largement, aux rapports à l’Autre et à la société. Pour l’améliorer, il ne faut donc pas agir exclusivement via l’éducation à la vie affective et sexuelle mais, plus globalement, réfléchir sur les rapports hommes/femmes, lutter contre les discriminations et la précarité, éduquer à la tolérance. Le défi, vous l’avez bien compris, est de taille.

Je vous remercie.