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Association Elus Locaux Contre le Sida

Il est anormal que, post mortem, la discrimination continue, Jean-Luc ROMERO, président d'ELCS dans Le Monde

Lundi 6 Janvier 2014

Plus de 56 000 signatures recueillies en un mois permettront-elles d’accélérer la prise de décision ? Depuis le 3 décembre 2013, une pétition circule sur Internet « pour la levée de l’interdiction des soins funéraires pour les personnes séropositives au VIH et aux hépatites B et C », qui avait été instaurée en 1998 au nom du risque de contamination des thanatopracteurs, en cas de coupure ou de projection de sang.


« Il est anormal que, post mortem, la discrimination continue. Le corps d’un mort du sida n’est pas plus dangereux qu’un autre, il suffit juste de prendre des précautions universelles, explique son initiateur, Jean-Luc Romero, président d’Elus locaux contre le sida, connu pour ses combats en faveur du mariage gay et de l’euthanasie. Le problème, c’est qu’à partir du moment où l’interdiction existe, elle est interprétée de manière très restrictive : les corps sont parfois directement mis dans un cercueil sans que les familles puissent les voir. »

Le combat est mené par des associations depuis plus de cinq ans pour l’accès aux soins de conservation des corps. Le lancement de la pétition sur le site Change.org lui donne un tout autre écho, notamment grâce aux soutiens de personnalités comme Laeticia Hallyday, le présentateur Denis Brogniart, Anne Hidalgo et d’autres élus PS, ou Emmanuelle Cosse (EELV).

UN DOSSIER À CARACTÈRE INTERMINISTÉRIEL

Alerté par les difficultés rencontrées par les familles, le Conseil national du sida s’était, le premier, en 2009, prononcé pour la levée de l’interdiction. Début 2012, le ministre de la santé d’alors, Xavier Bertrand, avait donné son feu vert. Depuis, c’est l’attente. En juillet 2012, Marisol Touraine, qui lui a succédé, s’était retranchée derrière le caractère interministériel du dossier, les ministères du travail et de l’intérieur étant concernés.

Fin 2012, d’autres avis ont été publiés : le Défenseur des droits s’est dit favorable à une évolution sous conditions, comme le Haut Conseil à la santé publique (HCSP), qui s’était déclaré contre en 2009. « Nous ne voyons pas pourquoi on interdirait ces soins sur ces patients, si cela se fait dans le respect des précautions », indique Loïc Ricour, chargé des questions de santé auprès du Défenseur des droits. Le problème est qu’en thanatopraxie, « un certain nombre de garanties n’existent pas », juge-t-il, décrivant un secteur en essor et mal encadré.
Défenseur des droits et HCSP listent des conditions à imposer, parmi lesquelles une formation correcte à l’hygiène et à la sécurité des professionnels, une vaccination contre l’hépatite B, un suivi médical et la réalisation des soins dans des locaux adaptés, pas au domicile du défunt. Cela dans tous les cas, car le risque est général, puisque beaucoup de personnes ne connaissent pas leur statut sérologique.
« La gauche, dans l’opposition, était pour la suppression de l’interdiction, c’est encore mieux de l’être quand on a tous les leviers du pouvoir », s’impatiente M. Romero. Le ministère de la santé a répondu vendredi 3 janvier que Mme Touraine est « favorable à la levée des restrictions », comme le gouvernement, mais qu’il faut définir les conditions pour assurer la sécurité des professionnels. Un rapport avait été demandé à l’Inspection générale des affaires sociales et de l’Inspection générale de l’administration, et doit être rendu prochainement. Commandé en février 2013 selon la lettre de mission, il devait être remis dans un délai de trois mois.
 
Source Journal le Monde, extrait. Lire article complet : 
http://www.lemonde.fr/societe/article/2014/01/04/soins-funeraires-aux-seropositifs-l-executif-presse-d-agir_4342978_3224.html