Association Elus Locaux Contre le Sida

Intervention de Jean-Luc Romero lors 19e Etats Généraux des ELCS, le 26 novembre 2014

Rédigé le Jeudi 27 Novembre 2014 à 13:10 | Lu 808 fois



 
Discours de Jean-Luc Romero-Michel
Président d’Elus Locaux Contre le Sida
 
19e Etats généraux des Elus Locaux Contre le Sida
26 novembre 2014 – Hôtel de ville de Paris
 
 
Seul le prononcé fait foi

Madame la ministre,
Mesdames, messieurs les élus,
Mesdames, messieurs,
Chers amis,
 
Une nouvelle fois, je suis ravi de vous retrouver aujourd’hui pour ces 19e Etats généraux des Elus Locaux Contre le Sida. Comme à chaque fois, je vois de nombreux visages connus ou des visages que je connais bien, des élus, des institutionnels, des associatifs, je ne peux évidemment pas tous vous citer mais sachez que je suis sincèrement heureux de vous voir toutes et tous réunis ici, convaincus que nous sommes que le sida se soigne et se combat aussi par la politique, même si nous sommes de moins en moins à l’affirmer.
 
Nous sommes dans un beau lieu, un lieu dans lequel nous avons toujours été particulièrement bien reçus, par Bertrand Delanoë par le passé et, aujourd’hui, par Anne Hidalgo. Chère Anne, tu nous as fait l’honneur d’ouvrir ces Etats généraux et je n’oublie pas que, depuis de très nombreuses années, tu as été de tous les combats avec notre association, à nos côtés.
 
Oui, le sida se soigne et se combat par la politique. Oui mais de quel politique je parle ? Celle qui divise, qui discrimine, qui, pour des raisons électoralistes, malheureusement électoralistes, accepte de s’abaisser et de s’asseoir, oui de s’asseoir, sur nos valeurs démocratiques et notre devise républicaine : « Liberté, Egalité, Fraternité ». Celle qui préfère les freins idéologiques aux progrès pragmatiques, celle qui pointe du doigt les malades responsables de tous les maux, coupables de tout. Celle qui considère la personne séropositive comme une bombe virale, un contaminateur en puissance, celle qui pénalise par principe. Celle qui refuse l’éducation et l’information notamment des plus jeunes.
 
Alors cette politique ou l’autre politique ? Oui, celle qui regarde la réalité telle qu’elle est, non déformée par un prisme idéologique, celle qui agit en fonction d’un seul intérêt : l’intérêt général, celle qui croit que nous devons tous pouvoir regarder le fronton de nos mairies sans rougir, celle qui considère que l’information est la solution, que l’éducation est une chance. Celle qui croit en l’humain et qui agit pour lui. Vous le savez déjà, de mon côté, j’ai fait mon choix, et votre présence ici laisse supposer également du vôtre ! Concrètement, du travail, il y en a, croyez-le bien ! Le constat de crispations, de divisions et de tensions dans notre société, nous pouvons tous objectivement le faire. Il suffit de regarder les débats sur les salles de consommation à moindre risque, sur les programmes scolaires et l’éducation à la vie affective et sexuelle à l’école ou sur le mariage pour tous. Du travail, nous en avons beaucoup !
 
Alors, l’année 2014 a été particulièrement riche en matière d’élections ; deux élections majeures  ont redessiné la France : les élections municipales et sénatoriales. Est-ce que nous sommes contents ou mécontents des résultats ? A vrai dire, on s’en fiche à ELCS. Pour être totalement honnête à ELCS, nous ne nous posons évidemment pas la question : le sida n’est ni de droite ni de gauche, voilà ce que nous défendons énergiquement ! Et ça fait bientôt 20 ans que cela dure ! Et oui, déjà 20 ans, cela ne nous rajeunit pas. En 1995, je créais l’association … Il m’est ainsi donné l’occasion de remercier avec beaucoup de sincérité et d’affection Philippe, Philippe Lohéac, trésorier d’ELCS, qui est de l’aventure d’ELCS depuis le début mais aussi beaucoup d’autres que je vois dans la salle. Je ne peux tous citer mais sincèrement un grand, un très grand merci à vous. A ce propos, je tenais à vous informer du lancement d’un projet de spot TV sur l’histoire d’ELCS et les combats portés depuis 20 ans. Ce projet, nous souhaitons le concrétiser via le site Ulule et un appel au financement participatif. En somme, ce projet ne verra le jour que si vous le souhaitez. Sincèrement, je compte sur vous !
 
Revenons désormais sur le paysage politique actuel. Les élections municipales et sénatoriales créent pour ELCS un potentiel réservoir de nouveaux élus qui peuvent s’engager, avec nous, dans ce combat pour la vie, la dignité et l’égalité pour la prévention, l’information, le soutien aux personnes, l’aide aux associations, la liste est longue ! Je ne cesse de le marteler depuis longtemps, l’échelon local est particulièrement pertinent, légitime et efficace dans ces combats. Et je veux voir dans l’annonce d’Anne Hidalgo une consécration du rôle de l’échelon local : clairement l’initiative « Villes actrices de la transformation sociale », présentée par la maire de Paris, met les villes au cœur de la lutte !
 
 Je souhaite vraiment qu’ELCS puisse participer activement à cette initiative portée entre autre par l’ONUSIDA et son très engagé directeur, Michel Sidibé. Sans nul doute, cette initiative va énormément faire avancer les choses pour envisager la concrétisation de ce nouvel objectif stratégique des 90 – 90 – 90 : augmentation à 90% de la proportion de personnes vivant avec le VIH qui connaissent leur diagnostic, augmentation à 90% de la proportion de personnes vivant avec le VIH recevant un traitement antirétroviral et augmentation à 90% de la proportion de personnes sous traitement du VIH qui ont une charge virale indétectable.
 
Je veux vous donner un autre exemple de la légitimité et de l’efficacité de l’échelon local : j’étais, il y a quelques semaines, à Hyderabad, en Inde, pour le Congrès mondial de Metropolis, association regroupant plus de 120 métropoles de plus d’un million d’habitants à travers le monde. Au cours de cette manifestation, sous l’impulsion de Jean-Paul Huchon, également président de Metropolis, c’est un appel demandant la levée des restrictions à la liberté de circulation et d’établissement des personnes séropositives qui a été adopté. Les plus grandes villes au monde qui s’engagent pour les droits humains, nul doute que cela aura un fort impact ! Pour mémoire, cet engagement dans la promotion des droits humains et dans ce combat portée par Elus Locaux Contre le Sida depuis tant d’années, avait été également celui de l’AIMF, l’association internationale des maires francophones qui avait également adopté le même type de déclaration il y a un an, d’ailleurs ici-même, au sein de l’Hôtel de ville. Rappelons quand même qu’aujourd’hui, il y a encore 40 pays dans le monde qui appliquent ces restrictions d’un autre âge, aussi inhumaines qu’inutiles.
 
Bien évidemment, l’échelon local ne peut pas tout faire, il est un des maillons de la réponse au VIH et aux hépatites. Et, du côté de l’Etat, cette année 2014 a été riche et nul doute que le début d’année 2015 le sera tout autant avec cette fameuse loi de santé, loi tant attendue. Pourquoi est-elle tellement attendue ? Tout simplement parce qu’elle envisage la concrétisation de projets longtemps demandés ! Je veux  mettre en exergue trois points, trois points qui sont tout à fait dans la lignée du thème de ces Etats généraux : « VIH et hépatites : les nouveaux défis ».
 
Premier point que je souhaite soulever : les salles de consommation à moindre risque. Je ne vais pas revenir sur l’utilité de ce type de dispositif, je crois que nous ne pouvons qu’être convaincus, bien sûr si l’on fait preuve d’un peu de bon sens. Rappelons que ce type de dispositif n’est en fait qu’un outil supplémentaire à la politique de réduction des risques, un outil qui concerne les usagers de drogues les plus précarisés, un outil qui a fait ses preuves en termes de santé publique mais également en termes de sécurité publique, un outil qui fonctionne très bien chez nos voisins européens avec des résultats fort probants. C’est pour cela que l’expérimentation sur une durée de 6 ans serait une excellente nouvelle quoi qu’en puisse en dire certains politiques qui préfèreront un positionnement idéologique à la vie des personnes qui sont, rappelons-le, nos concitoyens ! Nul doute qu’ELCS a un rôle à jouer sur ce dossier, notamment sur une approche pédagogique de déconstruction des peurs et des fantasmes. Nous avons un positionnement particulier à ELCS, un positionnement qui nous permet d’être vus comme un partenaire privilégie pour les élus, sachons donc en profiter !
 
Deuxième point que je veux mettre en exergue : l’introduction des programmes d’échanges de seringues en prison. Alors bien sûr, je peux comprendre l’inquiétude qui pourrait se faire jour chez certains membres de l’administration pénitentiaire : comprendre oui, mais pas accepter tant les expériences étrangères démontrent que, d’une part, l’introduction de ce type de dispositif au sein du monde carcéral ne constituera pas une atteinte à la sécurité des personnes, d’autre part que cela répond à une véritable urgence. Rappelons qu’en France, la prévalence au VIH et au VHC est trois à quatre fois plus élevée qu’en milieu ouvert !
 
Troisième point qui me paraît important de mettre en avant: le dépistage, la promotion du dépistage. En France, le constat est sans appel : de 30 à 40.000 personnes ne connaissent pas leur séropositivité au VIH et un tiers de porteurs de l’hépatite C ne le savent pas. C’est énorme ! Cela a un impact dramatiquement négatif et c’est pour cela que la promotion du dépistage doit se renforcer tant c’est un outil individuel d’accès aux traitements mais également un outil collectif de contrôle de l’épidémie via la politique désormais consacrée du « Test and Treat ». D’où cette volonté de généraliser les tests rapides d'orientation diagnostique - TROD, le dépistage rapide, et également d’autoriser les autotests. Pour ce dernier point et pour vous convaincre de l’utilité de ce type d’outil qui peut faire peur, je vous renvoie à l’excellent avis du Conseil national du sida de mars 2013.
 
Par contre, un point nourrit mon inquiétude, enfin plutôt l’absence d’un point : celui du test de dépistage rapide pour l’hépatite C. C’est fort étonnant alors que la Haute autorité de santé a rendu un avis très clair en mars dernier, préconisant l’utilisation de ce type de test pour les personnes à risque éloignées des structures d’accès communs tels que les usagers de drogue les plus marginaux ou les personnes originaires ou ayant reçu des soins dans des pays à forte prévalence du VHC et les personnes à risque fréquentant les structures d’accès aux soins et chez qui les avantages des TROD arriveraient plus facilement à convaincre de l’intérêt d’un dépistage immédiat. Alors à quand les TROD pour le VHC ?
 
Voilà trois points de la prochaine loi de santé que je voulais soulever et qui me paraissaient réellement essentiel de mettre en exergue. Sur le VHC, je ne l’ai pas dit mais au-delà de la question du dépistage se pose évidemment la question du coût démesuré des traitements innovants ; la question semble réglée et je crois que le politique a dû peser de tout son poids dans cette affaire pour arriver à une solution normale et humaine, c'est-à-dire passer de 57.000 euros à 41.000 euros.
Au-delà de la future loi de santé, je veux réagir sur les annonces par Mme George Pau Langevin : évidemment, ce sont des annonces qui vont peut-être, pardon sûrement, bouleverser bien des choses.
 
Je me suis rendu quelques fois en Guadeloupe, à Saint-Martin, en Guyane. A chaque fois, j’ai été frappé, disons le plus clairement, consterné, du silence des élus sur cette question du VIH/sida. Sans parler de leur silence tout aussi assourdissant concernant l’homophobie. J’aurais toujours en mémoire cette réunion où RFO était présent et au cours de laquelle un conseiller régional de Guadeloupe refusait obstinément de dire le mot sida. La journaliste s’était même franchement énervée !
 
Quand je raconte cela, je veux bien sûr dénoncer ce genre d’attitude qui est fort préjudiciable alors que les élus doivent être les premiers à se battre collectivement contre cette maladie mais aussi illustrer à quel point il est difficile de parler de la maladie. Plus que tout, c’est le carcan de l’isolement qui doit être brisé : le carcan qui enserre les personnes touchées qui ne peuvent dire leur séropositivité, le carcan d’une société pour laquelle le VIH est totalement tabou, le carcan des associations qui ont besoin de visibilité et de soutien et qui tiennent grâce au militantisme des acteurs de la lutte. Il y a quelques années, et je le redis chaque année, j’avais réclamé le lancement d’un véritable plan Marshall pour l’outre-mer et je vous le dis en tant qu’élu, en tant que militant, en tant que personne séropositive, je suis vraiment très heureux de cette initiative très engagée qui pourrait être portée par Madame la ministre !
 
Je vais désormais conclure cette intervention, déjà en vous remerciant de vous être déplacé, d’être à nos côtés dans ce combat pour la vie. Je veux aussi remercier très chaleureusement nos intervenants ainsi que nos deux marraines : Dominique et Roselyne. Je vais conclure en insistant sur le rôle de l’information dans le combat que nous menons. Cette information, elle peut être donnée de façon technique ou sur le ton de l’humour comme dans la campagne menée par ELCS avec les personnages historiques et le site mieuxsinformer.fr. Pour celles et ceux qui ne l’auraient pas encore vue, elle est visible à l’entrée de la salle. Cette information peut être donnée à l’école, au travail, dans des centres culturels, dans les médias. Ce que je veux vous dire c’est que l’information est la clé de tout l’édifice. Pour reprendre les termes d’un slogan d’Act Up Paris : information égal pouvoir. Une information claire, décomplexée, objective.
 
Ce n’est que comme cela que, par exemple, l’essai Ipergay sera compris, que toute promotion du dépistage sera efficace, qu’on évitera que la moitié des personnes séropositives soient discriminées. Et j’en passe. Cette information, elle ne peut être portée que si le maillage des acteurs de terrain est assez serré et suffisant. La richesse associative est un avantage collectif qui profite à toutes et tous. Bien évidemment, je sais le contexte économique dégradé mais sachons nous projeter au-delà du très court terme. Voyons les choses à moyen et long terme : le tissu associatif est réellement coût – efficace ! Sachons le préserver et même le renforcer !
 
Et surtout sachons travailler ensemble et mutualiser nos expériences : c’est le but du label « ville engagée contre le sida ». Bien sûr, il s’agit dans un premier temps de rendre visible l’engagement d’une ville dans la lutte contre le VIH/sida. Annecy, Aubervilliers, Carrières-sous-Poissy, Montpellier, Puteaux, Toulouse ont déjà obtenu ce label. Dans un second temps, il s’agira de créer un véritable réseau de villes engagées et de, comme je le disais, mutualiser nos expériences. Communiquer sur l’engagement politique et avancer dans l’efficacité des réponses apportées au niveau local dans la lutte contre le VIH/sida : voilà les fondements et la raison d’être de ce label « ville engagée contre le sida ».
 
Informer et travailler ensemble … Désormais, à vous de jouer, mesdames et messieurs les élus !
 
Je vous remercie.

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