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Jean-Luc Romero «Il reste difficile de dire qu’on est séropositif» dans la tribune de Genève

Jeudi 27 Mai 2010

Jean-Luc Romero «Il reste difficile de dire qu’on est séropositif» dans la tribune de Genève

TÉMOIGNAGE

Le politicien français Jean-Luc Romero, invité par le Groupe sida Genève, déplore la stigmatisation qui touche encore les malades en 2010.

«Dévoilersa séropositivité, encore un enjeu en 2010?» Plus que jamais, affirme Jean-Luc Romero. Premier homme politique français à avoir dévoilé sa séropositivité, il était, le 17 mai, l’invité du Groupe sida Genève. Il explique comment la maladie est redevenue taboue.

Mais d’abord, il revient sur sa «révélation». Président d’une association de lutte contre le sida, élu local, l’homme politique voyage beaucoup en France dans les années 90. «Je parlais du sida comme si j’y étais étranger. » Se sachant séropositif depuis 1987, il n’en dit rien car son entourage y est opposé. «Y compris mon médecin, le professeur Rosenbaum. Pour lui, c’était une mort sociale annoncée, la fin de ma carrière politique. »

L’homosexualité de Jean-Luc Romero avait été dévoilée à son insu. Il ne veut pas subir la même chose avec sa séropositivité. Ayant promis à un proche de se battre et d’aller jusqu’au bout de la cause, il décide d’en parler. En mai 2002, il l’annonce et publie un livre,Virus de vie.

Secret trop lourd
«Ce fut extrêmement difficile, mais il n’y a pas un jour, depuis, où je l’ai regretté. C’est très difficile de vivre avec un secret. On consacre beaucoup d’énergie à se cacher, énergie qu’on n’a plus pour lutter contre la maladie, pour aimer ses proches. A un moment donné, vous n’en pouvez plus. »

La révélation suscite une gêne. «On me reprochait presque d’être impudique. Très clairement, dans le milieu politique, on ne peut pas dire qu’il y ait eu de l’amitié. A l’inverse, quand j’ai parlé de mon cancer, j’ai reçu plein de coups de fil, beaucoup de compassion. »

Aujourd’hui, Jean-Luc Romero éprouve une sorte de lassitude. Il se sent seul dans son combat, aimerait que d’autres franchissent le pas. Mais, insiste-t-il, «personne ne devrait être obligé de révéler sa séropositivité. On est arrivé à une telle stigmatisation de la maladie. Je comprends qu’il y ait une vraie trouille. Il y a des conséquences professionnelles. »

Et de citer une enquête française de 2005, selon laquelle 50% des personnes ayant parlé de leur séropositivité sur leur lieu de travail ont perdu leur emploi dans les six mois.

«L’exclusion sociale est une réalité», assène-t-il, précisant que l’on refuse encore des prêts aux personnes séropositives, rendant impossibles l’achat d’un appartement ou le lancement d’une entreprise. Né dans le nord de la France de parents espagnols, le quinquagénaire ajoute qu’actuellement, il est interdit aux séropositifs de voyager ou de s’installer dans 70 pays. Les Etats-Unis en faisaient partie jusqu’en janvier dernier. C’est toujours le cas du Canada, de l’Australie ou d’Andorre, notamment.

«Vieux fantasmes»
En 2010, comment expliquer la vigueur de cette «sérophobie»? «Il y a toujours eu des maladies honteuses. Le sida en fait partie, car le sexe reste tabou. Au début, la maladie touchait les héroïnomanes, les homosexuels et les Noirs. Aujourd’hui, l’immense majorité est hétérosexuelle et seulement 3% des nouveaux cas touchent des toxicomanes. » Pourtant, l’image a du mal à évoluer. «Les vieux fantasmes sont revenus. »

De fait, Jean-Luc Romero déplore que l’on «parle de moins en moins du sida alors que de plus en plus de personnes vivent avec. Vous avez vu comment on a parlé des 20 000 cas de grippe A? Alors que 33 millions de personnes vivent avec le sida dans le monde et que 250 000 en meurent chaque mois?»

Criminalisation
Ce revirement s’expliquerait paradoxalement par le fait qu’on ne meurt plus (autant) du sida dans nos pays. «On est passé de la compassion à la criminalisation. Quand les gens mouraient, il y avait une vraie compassion. » Aujourd’hui, «le discours c’est: «Mais comment as-tu fait pour attraper ça?» On oublie que si la personne est malade, c’est que tout le monde a échoué. Alors, à quoi ça sert de l’accabler?»

Source :
http://archives.tdg.ch/TG/TG/-/article-2010-05-2386/devoiler-sa-seropositivite-encore-un-enjeu-en-2010