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Association Elus Locaux Contre le Sida

Jean-Luc Romero, la nécessaire évolution de la thanatopraxie (Funéraire-info)

Mardi 20 Mai 2014

La fin de l'interdiction des soins de conservation aux patients atteints du VIH fait couler beaucoup de pixels dans les colonnes de Funéraire Info. Nous ne pouvions pas ne pas interviewer un partisan, parmi les plus importants : Jean-Luc Romero-Michel.



Interview du Président d'ELCS sur les soins funéraires pour tous pour le site funéraire-info. 

Jean-Luc Romero-Michel, conseiller régional d'Ile-de-France et adjoint au maire du 12e arrondissement de Paris, est à la fois un homme politique et un militant. Porte-étendard de la légalisation de l'euthanasie, il est également très impliqué dans la lutte contre le VIH, dont il a lui-même révélé être atteint en 2002. Il est notamment président-fondateur d’Elus Locaux Contre le Sida, association regroupant plus de 16.000 élus de toutes tendances.
 
Il est aujourd'hui partie prenante de la levée de l'interdiction des soins de conservation sur les défunts séropositifs, et a accepté bien volontiers de répondre aux questions de Funéraire Info. C'est avec joie que nous avons accueilli ses réponses, celles d'un militant qui connaît son dossier par cœur, celles d'un politique qui, après avoir répondu à chaque question gênante, retourne une question encore plus gênante, et celles d'un homme d'expérience qui ne se départit jamais de son calme.
 
Les origines de la lutte
 
Jean-Luc Romero-Michel ne cache pas sa satisfaction de voir la pétition qu'il a lancée marcher et accumuler 96 000 signatures sur change.org. Mais quand a-t-il lancé ce combat ? « Ce n'est pas moi qui en suis à l'origine, et je ne me rappelle pas précisément la date. Ca a été quelque chose de diffus, je pense. Mais depuis 8 ans, je n’ai cessé de me mobiliser contre cette discrimination. Dans les associations d'aide aux personnes atteintes du VIH, nous avons recueilli des témoignages édifiants. L'interdiction de 1998 porte sur les soins de conservation, mais les interprétation sont multiples, jusqu'à des cas ou le défunt a été mis en cercueil sans présentation à la famille ».
 
Certains thanatopracteurs sont vent debout contre cette levée d’interdiction « Pas tous, nous avons de nombreux professionnels qui sont favorables à cette levée, et qui nous le font savoir, en signant par exemple la pétition. Les opposants ont le droit également d'exprimer leur opinion, mais je regrette que beaucoup le fassent sur des informations fausses qu'ils ont reçues. Propagées par qui, pour quoi, peut être par certaines sociétés qui n'ont pas foncièrement envie que les choses changent. Il y a des intérêts en jeu qui n'ont rien à voir avec la santé des thanatopracteurs, malheureusement. ».
 
La levée de l'interdiction
 
« L'interdiction des soins sur les défunts atteints du VIH, mais aussi, ne l'oublions pas, d’une l’hépatie virale, est à mon avis aujourd'hui une évidence. Déjà, levons une hypocrisie : un corps est dangereux en soi, il porte en lui des agents pathogènes dont la dangerosité est avérée. J'ai bondi, par exemple, en voyant un professionnel procéder à des soins sans gants. Quid des précautions de base ? »
 
Aux thanatopracteurs
 
Jean-Luc Romero-Michel pose une question gênante « Savez-vous quelle est la première cause de mortalité des thanatopracteurs ? Le cancer. Les produits qu'ils manipulent à longueur de temps sont chargés de particules cancérigènes. Pourquoi se mobilisent-ils contre la levée de l'interdiction des soins et pas pour exiger en environnement de travail plus sain ? » Le sida est donc un moindre danger ? « Ce n'est pas un danger du tout si l'on applique les précautions universelles. On nous a rapporté le cas d'un thanatopracteur américain qui sert d'exemple, et qui se serait contaminé en faisant un soin. Nous avons fait des recherches, et il s'est avéré que ce thanatopracteur s'était contaminé, non au travail, mais dans sa vie privée, en ayant des rapports sexuels. Aujourd'hui, malgré nos recherches, nous n'avons recensé aucun cas avéré et documenté de contamination par cette voie. Autre chose, rappelez-vous : dans les années 90, on parlait beaucoup de ces enfants qui avaient été piqués par des seringues contaminées abandonnées par des drogués dans des bacs à sable. Des piqûres assez profondes pour certaines. Aujourd'hui, aucun d'entre eux n'est contaminé. »
Puis il enfonce le clou « C'est hypocrite, en fait. Beaucoup de thanatopracteurs acceptent déjà de faire ces soins, et de nombreux autres le font, sans le savoir, soit parce que ni le patient ni les médecins ne le savaient eux-mêmes, soit parce que le médecin lui-même est militant et omet de le signaler. »
 
Formation versus finance ?
 
« Le souci aujourd'hui, c'est la formation. Sur un cursus de formation en thanatopraxie, sur 195 heures, il y en a entre dix et vingt consacrées à l'hygiène, la prévention et la sécurité. Entre 10 et 20. C'est trop peu, beaucoup trop peu. La première chose, la plus importante, qu'on devrait apprendre aux thanatopracteurs, c'est se préserver eux-mêmes. »
Mais la levée d'interdiction des soins, et les préconisations du rapport de l'IGAS risquent d'engendrer des surcoûts, pour les familles, rendant le transport dans un labo adapté obligatoire, par exemple « Oui, mais là encore, il faut m'expliquer pourquoi en France, nous sommes le dernier pays au monde, le seul pays, qui autorise les soins de conservation au domicile, par exemple. En somme, cela revient à dire laissons les thanatopracteurs prendre des risques au nom d’intérêts financiers. »
 
Une loi pour bientôt ?
 
Marisol Touraine en prend aussi, un peu, pour son grade, à la manière courtoise de Jean-Luc Romero-Michel : « Madame la Ministre de la Santé nous a expliqué qu'elle était favorable à une levée de l'interdiction des soins en 2016. C'est formidable, mais pourquoi en 2016 ? Personne n'est capable de nous expliquer pourquoi pas avant, il n'y a aucune raison valable de repousser à cette date. Déjà, son prédécesseur nous avait dit que la réglementation était prête, que son successeur n'avait plus qu'à signer le décret. En fait, il apparaît que c'est un peu plus compliqué »
 
Plus compliqué, effectivement, et plus retors « Il est de notoriété publique qu'il n'y a plus de sous dans les caisses, et le statu quo actuel arrange un peu tout le monde. Le rapport de l'IGAS n'a été publié que lorsqu'il en a été fait écho par-ci par là, dans la presse, mais on aurait dit qu'on cherchait à l'enterrer. », sans compter les joies des rapports de pouvoir : « Cette levée concerne trois ministères, pour ne rien simplifier : le ministère de la santé, celui de l'intérieur et celui du travail ».

Lorsqu'on lui pose la question du droit de retrait, ou clause de conscience, des thanatopracteurs, aucune ambiguïté « J'y suis farouchement opposé. A partir du moment où les patients atteints de ces pathologies ont droit aux soins de conservation, les leur refuser revient à de la discrimination, puisque nous avons vu que l'argument du risque ne tient pas ».
Des lendemains meilleurs ?
 
Jean-Luc Romero-Michel tient à préciser « Je suis un homme politique, un responsable public, un élu. Les associations avec qui je travaille sont des gens responsables, qui connaissent bien leurs dossiers. Nous avons à cœur de protéger la santé des thanatopracteurs. Ce qui les met en danger, ce ne sont pas les soins de conservation sur les corps de patients atteints du HIV ou d’hépatite, ce qui les met en danger, c'est le laxisme qui règne à certains endroits, c'est le manque de formation, le manque de vigilance sur la sécurité et qui les exposent à toutes sortes d'agents pathogènes. »
 
Est-ce que le climat actuel, après le mariage pour tous, est à l'homophobie ? « Je ne crois pas. Les français ne sont pas homophobes, la société est au contraire de plus en plus tolérante. Regardez, l'Eurovision, la victoire de Conchita Wurst, c'est peut être du spectacle, mais ce sont des gens qui ont voté pour elle. Il y a des homophobes dont la parole est peut être plus libre, et dont la voix porte plus fort, notamment grâce aux réseaux sociaux, mais globalement, j'ai bon espoir en l'avenir. »
 
Et verrons-nous de notre vivant le sida éradiqué ? « Il y a un moyen de l’éradiquer. Avec les thérapies, aujourd'hui, le VIH est présent en quantités si faible dans l'organisme qu'il devient intransmissible. Si tous ceux qui en sont atteints étaient dépistés et soignés, le virus ne se transmettrait plus et disparaîtrait. Cela implique deux choses : que tous ceux qui sont contaminés le sachent, et c'est une vaste tâche, puisque je vous disais qu'en France, un tiers ne le savent pas, et dans les pays du sud, c'est encore pire, et que tous aient accès aux soins. Le constat est là : on sait comment faire, c'est juste une question de volonté politique et un peu d'argent... ».
 

Source : http://www.funeraire-info.fr/jean-luc-romero-necessaire-evolution-thanatopraxie-26085/