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Association Elus Locaux Contre le Sida

Journal de la réunion : interview du président d'ELCS suite au deplacement d'ELCS sur l'ile de la réunion

Vendredi 12 Novembre 2010

Journal de la réunion : interview du président d'ELCS suite au deplacement d'ELCS sur l'ile de la réunion
"À la Réunion, le poids de la religion est important. Ne pensez-vous pas qu’il est un frein à vos combats, que ce soit pour l’euthanasie ou la lutte contre le sida ?

Si, évidemment. Mais je vais rappeler ici une réalité de notre république : elle est laïque. Elle doit le demeurer. Qu’un ministre ait des convictions religieuses, c’est son droit. Mais il doit agir pour l’intérêt général des Français, et pas pour l’intérêt de je ne sais quelle paroisse. Je refuse que la France entre dans l’ère obscurantiste qui a accompagné, aux États-Unis, la présidence de George W. Bush et qui se traduit, aujourd’hui, par la présence de membres du Tea Party au Parlement fédéral. Non à l’extrémisme d’où qu’il vienne. Oui à la tolérance et au respect des convictions de chacun.

Le nouveau plan sida propose un dépistage généralisé, de 15 à 70 ans. En quoi serait-ce un progrès ?

Cette réforme, réclamée depuis longtemps par l’ensemble des acteurs de la lutte contre le sida, constitue un grand progrès face à une situation que nous pouvions qualifier de très inquiétante. En effet, bien que l’activité de dépistage soit particulièrement importante en France, il existe toujours, d’une part, un retard important au dépistage - ce qui fait qu’un pourcentage élevé de nouvelles contaminations est découvert alors que les personnes sont déjà au stade sida - et, d’autre part, toute une partie de la population qui ne se sent pas, à tort, concernée par le VIH/sida et donc par le dépistage. Ainsi, ce sont près de 50 000 de nos concitoyens qui sont séropositifs et qui l’ignorent… En mettant en place une proposition systématique du dépistage, hors notion d’exposition, cette réforme permettra de répondre efficacement à ces deux problèmes. C’est pour cela que je l’approuve sans réserve ! Attention : qui dit proposition ne veut pas dire obligation. Il n’est pas question de contraindre au dépistage, simplement de le proposer de façon plus systématique. Mais j’espère aussi que les crédits nécessaires à la mise en œuvre de cette politique seront à la hauteur de l’enjeu.

Vous êtes le premier homme politique en France à avoir révélé votre séropositivité en 2002. Selon vous, est-ce que cela aurait été plus facile de le révéler aujourd’hui ?

J’ai ressenti un malaise de certains de mes collègues mais aussi beaucoup d’hypocrisie lors de la révélation de ma séropositivité. Et bien sûr, quelques murmures, quelques nettoyages de verres plus appuyés qu’auparavant lorsque je bois chez des connaissances. À l’inverse, il y a des personnes qui se montrent prévenantes au-delà du nécessaire et qui vous renvoient toujours à votre état sanitaire. En France, il y a plusieurs centaines de milliers de personnes qui sont atteintes d’une affection de longue durée. Si mon exemple peut servir à dédramatiser cette situation, à aider les malades à s’accepter eux-mêmes et à permettre aux mieux portants de comprendre qu’un malade est un être humain comme les autres, avec une fragilité et un horizon différents mais avec la même joie de vivre, d’aimer, de chanter, de jouer, j’aurai fait mon travail. Alors qu’il n’y a jamais eu autant de gens vivant avec le sida, cette maladie est devenue paradoxalement invisible car les séropositifs ont peur de révéler leur statut craignant d’être discriminés ou même de perdre leur travail quand ils en ont un. Alors, est-ce que les choses seraient différentes aujourd’hui ? Je le crois malheureusement. Il y a un retour en arrière très inquiétant dans l’acceptation des personnes vivant avec le sida."

Source : http://www.clicanoo.re/11-actualites/15-societe/263568-jean-luc-romero-on-ne-choisit-pas.html