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Association Elus Locaux Contre le Sida

LE MAURICIEN - 8 novembre 2008

Samedi 8 Novembre 2008

Rencontre : Jean-Luc Romero, séropositif, politicien et activiste français


LE MAURICIEN - 8 novembre 2008
Politicien français, se réclamant jusqu'à tout récemment de la majorité présidentielle et désormais centriste et activiste, Jean-Luc Romero a été invité et parrainé par PILS (Prévention, information et lutte contre le sida) dans le cadre du 7e colloque VIH océan Indien qui se tiendra du 10 au 12 novembre à Maurice. Militant également en faveur du droit de mourir dans la dignité, M. Romero interviendra sur la question de la libre circulation des PVVIH dans le monde. Portrait d'un être qui récuse les artifices et prône l'honnêteté.

L'un des rares, sinon l'unique politicien, en France, " mais également dans le monde, je crois ! ", à vivre ouvertement sa séropositivité, Jean-Luc Romero interviendra ce mardi dans le cadre du 7e colloque VIH océan Indien. C'est en 1995 qu'il a créé l'association française Les Élus Locaux Contre le Sida. " Mais je me suis rapidement rendu compte qu'il m'était difficile de livrer ce combat, de dire aux gens qu'il ne fallait pas avoir honte d'être séropositif si je continuais à taire mon statut sérologique parallèlement, avoue-t-il. Je vivais mal cela. " Autour de lui, amis, médecins, proches, entre autres, lui conseillent vivement de ne pas aller de l'avant. Mais finalement, Jean-Luc Romero témoigne…

Dans un récit autobiographique, Virus de vie, paru en 2002, il parle de sa séropositivité. " Je n'ai pas voulu me dévoiler dans la presse, en premier, car cela aurait été réducteur, d'une certaine manière. Et je voulais que le plus grand nombre de personnes puissent prendre conscience de mon témoignage. " Bien sûr, ajoute-t-il, " des entrevues dans la presse et les médias ont suivi. "

L'expérience se révèle être " très libératrice. Je me suis senti bien mieux après avoir dévoilé ma séropositivité. " Mais la première répercussion directe sur sa vie et ses ambitions : " Cela m'a évidemment fermé bon nombre de portes sur l'échiquier politique. "

S'étant préparé à cela, Jean-Luc Romero ne s'avoue nullement battu et poursuit son chemin. " Cela fait maintenant 23 ans que je vis avec le virus. Je prends mes médicaments aussi régulièrement que possible et je suis le traitement comme il le faut. Cela m'aide énormément. C'est une raison pour d'autres de ne pas baisser les bras. " Il relève encore : " Bien sûr, il ne faut pas banaliser le sujet ni généraliser. Ce n'est pas parce qu'on a des traitements et des médicaments, et que l'espérance de vie peut être allongée bien qu'on soit séropositif, qu'on ne doit pas être vigilant ! "

Maladie invisible

Inquiet quant au fait qu'il " y a un très grand silence autour du sida en France ces dernières années ", notre interlocuteur estime que " cela rend davantage difficile de faire un travail de prévention, de travailler en amont, en ce qu'il s'agit de l'accès aux soins et à la médication. Cet état de choses doit changer. " Jean-Luc Romero dit également constater que " il y a quelques années, les gens faisaient preuve de davantage de compassion et de compréhension envers les malades du sida. Mais, avec le temps, au lieu de s'améliorer, cet état de choses a empiré. C'est très triste ! "

Militant également sur la question du droit de mourir dans la dignité, il lance un appel aux politiques : " Il n'y a pas de politique efficace quand la stigmatisation envers les PVVIH perdure. " Se voulant plus précis, il axe son appel sur l'aspect sur lequel il interviendra mardi, soit la liberté de circulation des PVVIH dans le monde. " Il y a de nombreux pays au monde qui interdisent le droit d'entrée aux séropositifs. L'un d'eux est le pays qui abrite la statue de la Liberté, les États-Unis. Quelle ironie ! " Maurice, ajoute notre interlocuteur, " fait également partie de cette liste. " Restreindre ou interdire l'entrée d'un pays à une personne séropositive " est totalement illogique de nos jours ", affirme Jean-Luc Romero. " Que ce soit en matière de santé publique ou pour des raisons économiques, cette décision n'a aucun sens. Ce n'est pas une maladie contagieuse, et de par son mode de contamination, les risques à la santé sont très limités. Pour ce qui est de la question économique, on fait souvent croire qu'un séropositif coûte beaucoup à l'État, parce qu'il faut investir dans les médicaments. Cet argument est totalement dénué de fondement. "

Jean-Luc Romero prend l'exemple de Maurice. " C'est un pays qui devrait être un modèle de tolérance, d'harmonie grâce à sa composition plurielle. Ce serait bien que les politiques revoient la question d'interdiction d'entrée aux séropositifs, en ce sens. Maurice pourrait être un exemple au monde ! "

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L'exemple politique

Membre du Conseil national du sida en France, dont le président est le professeur Willy Rozenbaum, invité et participant au 7e colloque VIH océan Indien, Jean-Luc Romero reprend le slogan du scientifique et soutient que " le sida se soigne aussi par la politique. " Il lance ainsi un appel aux politiciens locaux, de la région et du monde : " Le politicien donne l'exemple. Quand j'avais organisé en 2005 en France une grande manifestation autour du dépistage et que des ministres et des députés sont venus se soumettre au test, cela a eu un impact énorme. Il y a aussi eu autour de la question du sida une grande prise de conscience. Mais depuis quelques années, c'est le grand silence. "

Jean-Luc Romero souligne aussi qu'il " connaît un certain nombre de politiques africains, atteints du virus, qui viennent se faire soigner à Paris. Il serait temps d'en finir avec les tabous et les préjugés afin de faire avancer le combat contre la discrimination et la stigmatisation envers les malades. "

Notre interlocuteur sera aussi la vedette d'un documentaire signé Dominique Thiéry, VIHsages. " Le documentariste, ancien rédacteur en chef de Remaides, a suivi le parcours de cinq séropositifs pendant plusieurs années. Parmi, il y a aussi un Guyanais qui témoigne. " Évoquant la situation dans ce pays, M. Romero estime que " ce document fera du bruit. " VIHsages sera présenté bientôt en marge de la Journée mondiale de la lutte contre le sida.