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Association Elus Locaux Contre le Sida

Le témoignage de Michel,

Vendredi 8 Janvier 2010

victime des scandaleuses restrictions à la liberté d’installation des personnes touchées par le VIH/sida


Le témoignage de Michel,
Le combat que mène ELCS pour la liberté de circulation et d’installation des séropositifs dans le monde est un combat pour la dignité et l’égalité, un combat qui concerne plus de 33 millions de malades. Certains pourraient trouver ce combat abstrait et donc lointain mais il n’en est rien comme chacun pourra le constater à la lecture du témoignage qu’a souhaité faire Michel. Avec courage et retenue et sans aucune victimisation, il nous parle de son histoire, de son vécu et des discriminations subies. Ce témoignage fort nous rappelle à tous la profonde injustice de ce type de législations

Le témoignage de Michel* victime des scandaleuses restrictions à la liberté d’installation des personnes touchées par le VIH/sida

« Jusqu’en 1993, je me trouvais en poste à Singapour. A cette date, je suis promu et muté en France. J’ai 32 ans lorsque je m’installe à Paris. Neuf ou dix mois plus tard, j’apprends ma séropositivité. Le cap est difficile mais, avec l’aide de mon médecin et de mon entourage, j’apprends à cohabiter avec le virus et tout se passe bien tant au niveau santé que dans mon travail.

En 1997, je suis démarché par un bureau de recrutement, qui m’offre de repartir à l’international. Le poste est basé en Egypte et je commence par refuser la proposition. Mais le bureau me recontacte et j’accepte finalement de me rendre au Caire, pour un entretien de recrutement. Je souhaitais repartir à l’international et l’entretien est positif. Trois jours après, le cabinet de recrutement me rappelle. Ayant pris des renseignements auprès de AIDES et de Sida Info Service, je sais qu’il y a un risque mais je suis tenté d’accepter. J’explique ma situation au directeur général et il n’y voit pas de problème.

Cependant, au bout de quatre mois passés au Caire, lors d’un comité de direction, tous les expatriés se voient demander de procéder à un test de dépistage. J’en discute avec le Directeur général, et je lui dis que je préfère éviter. Il me convainc de m’y rendre, m’expliquant que ce n’est qu’une formalité de routine. Une fois au dispensaire, je me retrouve avec des expatriés de diverses nationalités, des Philippins, des Indiens, des Américains. Le travail se fait à la chaîne, dans des conditions d’hygiène déplorables. Une semaine plus tard, le Directeur général me demande de repasser le test dans un laboratoire privé. Je commence par décliner puis je m’y rends, convaincu qu’il interviendra en ma faveur. Le second test confirme, bien sûr, les résultats du premier.

A partir de là, je suis sommé de quitter Le Caire dans un délai de trois ou quatre jours. J’appelle le Consul général de France. J’ai été très choqué par son attitude. Je fais mes valises. Mes malles ne me parviendront que trois mois après. Lorsque j’ai embarqué pour Paris, un membre du Ministère des Affaires Etrangères égyptien vient s’assurer de mon départ et un tampon est apposé sur mon passeport : « not permitted to work ».

Une fois rentré à Paris, je retrouve très vite un emploi, grâce à mon réseau. Mais, cinq ans après, je me vois licencié, lors d’une restructuration. Aujourd'hui, cela fait deux ans que je suis au chômage. J’intéresse beaucoup les chasseurs de tête à l’international, qui me proposent des postes à Doha, à Dubaï ou en Arabie Saoudite. Je souhaiterais vraiment repartir travailler à l’international, je suis en pleine forme mais je suis séropositif.

Or, un pays comme le Qatar où un emploi m’a été proposé, refuse l’entrée sur son territoire aux personnes séropositives. Au bout de 48 heures dans le pays, un test de dépistage est pratiqué, et s’il s’avère positif, la personne est emprisonnée. »

* photo d'illustration (crédits photo : ELCS)