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Association Elus Locaux Contre le Sida

"N'oublions pas les années noires du sida"

Vendredi 4 Avril 2014

Interview de Jean-Luc Romero, président d'ELCS.
Pour Centre Presse / La Nouvelle Republique


C'était en 1992. Dans Les Nuits fauves, film autobiographique, Cyril Collard et Romane Bohringer obligeaient la France à regarder en face le sida (syndrome de l'immunodéficience acquise). Un an plus tard, Tom Hanks, dans Philadelphia, faisait pleurer la planète sur la condition des victimes du VIH (virus de l'immunodéficience humaine).
 
C'était les années noires du sida. C'est du passé? Non. Certes, la médecine « traite mieux » la maladie, mais les nouveaux chiffres du sida montent que « le nombre de découvertes de séropositivité VIH chez les HSH - hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes - a fortement augmenté entre 2011 et 2012 (+ 14%), alors qu'il augmentait en moyenne de + 3% par an entre 2003 et 2011 ».
 
Nous avons demandé à Jean-Luc Romero, président d'Élus locaux contre le sida (ELCS), lui-même gay et séropositif, de les commenter.
 
 
Aurait-on oublié l'existence même du VIH?
 
« On ne peut pas accepter que 30.000 à 40.000 personnes en France soient atteintes du sida sans le savoir. C'est terrible pour elles et ça l'est aussi pour les autres. Il n'y a jamais autant eu de gens vivant avec le VIH dans le monde (35 millions de personnes) et en France (150.000 personnes). Je crois qu'aujourd'hui les gens ne se rendent plus compte du danger en dépit des 5.000 êtres humains qui meurent du sida chaque jour. On atteint des records dans une espèce d'indifférence glacée. En 2012, en France, il y a encore eu 6.400 découvertes de séropositivité. C'est anormal au regard du niveau d'information dont nous disposons sur ce virus. On constate une démobilisation autour du VIH, que ça n'est plus une priorité de santé publique. On est dans une sorte de relâchement de la parole politique tel que beaucoup de Français pensent que c'est une affaire réglée. »
 
Les homosexuels restent plus que jamais les premières victimes du sida. Est-ce que cela ne risque pas d'ajouter encore à leur stigmatisation exacerbée ces derniers mois par les opposants au mariage pour tous?
 
« Tout d'abord, si les chiffres de la contamination augmentent chez les gays, c'est aussi parce que cette communauté est celle qui se dépiste le plus et plus rapidement que les autres. Mais évidemment, oui: ces relents d'homophobie qui sont revenus font aujourd'hui qu'une personne qui est homosexuelle et séropositive est tellement attaquée dans son identité que? faute d'être respectée, elle ne respectera pas les autres. »
 
On risque, à terme, de retrouver la ghettoïsation sanitaire et morale des homosexuels que nous avons connue dans les années quatre-vingt-dix?
 
« On sent bien que dans les discours actuels, ça en arrangerait certains. Il faut penser aux plus jeunes qui se voient ainsi insultés et mis en cause. Quand on est à ce point montré du doigt, il ne faut pas s'étonner qu'il y ait un relâchement dans les comportements de prévention. »
Lutte contre le sida et lutte contre l'homophobie, même combat?
« Oui. Quand on ne considère pas quelqu'un, il n'a pas de raison d'avoir un comportement de prévention responsable. Les grands enjeux de la lutte contre le sida sont la précarité et les discriminations. Et ça, ça passe par une parole politique forte, qui manque aujourd'hui, et par la mobilisation des associations gays. Il faut une grande campagne de prévention et de sensibilisation au virus du sida et à son dépistage. N'oublions pas les années noires du Sida. »
 
Propos recueillis par Christophe Colinet (compte twitter) 
 
Source : http://www.centre-presse.fr/article-301073-n-oublions-pas-les-annees-noires-du-sida.html
Source : http://www.lanouvellerepublique.fr/France-Monde/Actualite/24-Heures/n/Contenus/Articles/2014/04/04/Jean-Luc-Romero-N-oublions-pas-les-annees-noires-du-sida-1857969